Le conte est bon

LA CUISINE DES FÉES

Après l’originelle Cuisine des Fées en 2005 et sa déclinaison junior, après une parution grand format ce début d’année, voici l’originale Cuisine dans un format plus maniable et avec couverture dorée, blottie dans un packaging à croquer, accompagnée d’emporte-pièces pour confectionner soi-même ses gâteaux : une présentation à offrir et à s’offrir, à un prix vraiment cadeau (19,90 euros).

Christine Ferber, après nous avoir entraîné de l’autre côté du miroir dans les merveilles d’Alice, s’est adjoint la bienveillance des fées pour nous conter d’autres gourmandises à la façon de Peau d’Ane, Cendrillon ou Pinocchio..., avec la complicité de Laurence et Gilles Laurendon pour mêler la magie du conte à celle des recettes. Ceci dans un univers composé avec soin pour les éditions du Chêne, avec Philippe Model côté stylisme et aquarelles, et Bernhard Winkelmann à la création photographique. Aux extraits et citations de Grimm, Andersen, Li Chang Yin, Collodi, Caroll, comtesse de Ségur ou Perrault, font écho des recettes héritées de l’ogre ou de la princesse, de la sorcière ou de la fée : gâteau du marquis de Carabas (avec tout son chocolat), gâteau de mariage de Riquet à la houppe, dents de loup à l’anis, galettes au beurre de la grand-mère, poule aux œufs d’or...

La « chef pâtissier de l’année 1998 », qui exerce en Alsace et maîtrise comme personne l’art d’assembler les douceurs sucrées, voit ici sa prestation admirablement mise en scène, dans un univers de féerie et de poésie, de clins d’œil assumés à cette enfance qui nous suit toute la vie. Les délices proposés ne sont pas exclusivement sucrés, même si les desserts dominent les souvenirs des jeunes années : la tourte de fête se réussit avec du canard et l’oie rôtie se déguste farcie aux pruneaux et aux poires, mais que trouver de plus extravagant et attractif que la maison en pain d’épice, à partager un soir d’hiver au coin du feu (pas trop près, attention à ne pas faire fondre les meringues !) ? Le jeu de construction est délicat pour monter sablés et fruits secs à 25 cm de haut sans encombre, mais quel bonheur de picorer ensuite cette délicieuse œuvre d’art en famille... Attention à quelques enivrantes mixtures, comme la soupe de pêches de vigne au pinot noir et à la cannelle ou encore le vin d’Hypocras. Pour l’essentiel, cet ouvrage est un déluge de ganache et de griottes, de fleur d’oranger et de confiture de quetsches, de miel d’acacia et de cacao amer, de noix et de vanille, tout ce qu’il faut pour s’envelopper de douceur et affronter les rigueurs du temps.

En Alsacienne éprise du Périgord, et donc parfaite invitée d’honneur de ce Salon, Christine Ferber devrait venir avec ses livres et ses spécialités sucrées : sachez que les uns ne vont pas sans les autres ; et si vous avez la chance, après la dédicace, de lui commander quelques chocolats et petits gâteaux, vous allez passer un hiver formidable !

S.B-T

Coffret La cuisine des fées, Christine Ferber, éditions du Chêne, 19,90 euros.